Nationalisation à l'ère Trujillo
La politique raciale et de classe de la transformation d’une musique folklorique dominicaine en emblème national, analysée à travers des cas comparatifs des Caraïbes et d’Amérique latine
Origines3 min de lecture9 citations
La transformation d’une musique folklorique régionale en symbole d’identité nationale s’est reproduite tout au long du XXe siècle en Amérique latine, et la variante dominicaine de ce processus s’est déroulée dans un contexte racial distinctif. Les recherches sur la musique populaire dominicaine soulignent que le pays a longtemps répudié son héritage africain, une disposition qui déterminait quels sons étaient adoptés comme respectables et lesquels étaient rejetés comme vulgaires.[1] Ce cadre est essentiel pour comprendre comment une musique unique a pu être élevée au rang d’emblème national tandis que des genres voisins étaient stigmatisés, car le choix n’était jamais purement esthétique mais lié à des questions de classe et de couleur.
La comparaison d’un cas clarifie le schéma. La cumbia colombienne est née comme genre folklorique côtier et danse en couple où les partenaires se déplacent en cercle autour des musiciens sans se toucher, la femme tenant une bougie et son jupon tandis que l’homme la poursuit.[2] À partir des années 1940, la cumbia commerciale s’est diffusée à travers une grande partie de l’Amérique latine, générant des variantes régionales dans de nombreux pays, du Mexique à l’Argentine.[3] De plus, la cumbia fonctionne davantage comme un terme générique englobant musique, rythme et plusieurs sous‑genres que comme une danse figée.[4] Cette trajectoire montre comment une forme folklorique côtière, initialement liée à une région et à un milieu social, pouvait être commercialisée et intégrée à des identités nationales et transnationales plus larges, dynamique contre laquelle l’expérience dominicaine peut être mesurée.
Dans la République dominicaine même, la politique de respectabilité musicale est documentée le plus complètement dans la réception tardive du bachata, idiome à dominante guitare de paroles romantiques chantées avec une intensité émotionnelle marquée qui s’est consolidé en genre reconnaissable au cours des années 1970.[5] Bien que ses chanteurs et son public soient majoritairement d’origine africaine, le refus dominant de la noirceur a conduit le bachata à être considéré comme « musique du peuple pauvre » plutôt que reconnu comme une forme de musique noire.[6] Ces classifications révèlent les hiérarchies selon lesquelles certaines musiques dominicaines ont été élevées et d’autres marginalisées, un tri où le reniement racial et le mépris de classe opèrent conjointement.
La capacité d’une musique autrefois méprisée à devenir un symbole de la patrie est également bien attestée. Transporté à l’étranger par des immigrés dominicains installés à New York dans les années 1980 et 1990, le bachata a abandonné ses associations de classe inférieure et est devenu un emblème de la patrie dominicaine pour une population diasporique.[7] Au moment où les New‑Yorkais de deuxième génération ont produit leurs propres enregistrements, le style avait absorbé les esthétiques du hip‑hop et du R&B, signalant des affinités réorientées au sein de la diaspora.[8] Mis en parallèle avec l’expansion commerciale antérieure de la cumbia, qui a commencé dans les années 1940, l’élévation du bachata est survenue plus tard et par la migration plutôt que par la promotion locale, soulignant que la nationalisation pouvait suivre plusieurs voies distinctes.[9] Pris ensemble, les deux cas éclairent une tendance plus large des Caraïbes et de l’Amérique latine à convertir des formes folkloriques autrefois marginales en emblèmes d’appartenance collective, même si la race et la classe déterminent quelles formes sont choisies et quand.
Références
- 1.Urban Bachata and Dominican Racial Identity in New York — Deborah Pacini Hernández, Cahiers d études africaines, 2014, abstract
- 2.Cumbia (Colombia) - Wikipedia — en.wikipedia.org, Description
- 3.Cumbia (Colombia) - Wikipedia — en.wikipedia.org, Diffusion
- 4.Cumbia (Colombia) - Wikipedia — en.wikipedia.org, Definition
- 5.Urban Bachata and Dominican Racial Identity in New York — Deborah Pacini Hernández, Cahiers d études africaines, 2014, abstract
- 6.Urban Bachata and Dominican Racial Identity in New York — Deborah Pacini Hernández, Cahiers d études africaines, 2014, abstract
- 7.Urban Bachata and Dominican Racial Identity in New York — Deborah Pacini Hernández, Cahiers d études africaines, 2014, abstract
- 8.Urban Bachata and Dominican Racial Identity in New York — Deborah Pacini Hernández, Cahiers d études africaines, 2014, abstract
- 9.Cumbia (Colombia) - Wikipedia — en.wikipedia.org, Diffusion
Comment citer cet article
Choisis un style et copie la citation.
Bailar Editorial Team. (2026). Nationalisation à l'ère Trujillo. Bailar Biblioteca. Récupéré le July 5, 2026, depuis https://getbailar.com/biblioteca/encyclopedia/merengue/origins/trujillo-era-nationalization
Bailar Editorial Team. “Nationalisation à l'ère Trujillo.” Bailar Biblioteca, 2026, getbailar.com/biblioteca/encyclopedia/merengue/origins/trujillo-era-nationalization. Consulté le 5 July 2026.
Bailar Editorial Team. “Nationalisation à l'ère Trujillo.” Bailar Biblioteca. Consulté le July 5, 2026. https://getbailar.com/biblioteca/encyclopedia/merengue/origins/trujillo-era-nationalization.
@misc{bailar-merengue-trujillo-era-nationalization, author = {{Bailar Editorial Team}}, title = {{Nationalisation à l'ère Trujillo}}, year = {2026}, howpublished = {Bailar Biblioteca}, url = {https://getbailar.com/biblioteca/encyclopedia/merengue/origins/trujillo-era-nationalization}, note = {Consulté : 2026-07-05} }
Rédacteur en chef : Paul Thomas Plawin
Comment nous recherchons et relisons ces articles