Reggaeton dans les années 2010 : diffusion mondiale et construction identitaire
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Au début des années 2010, le reggaeton était passé d’un phénomène caribéen régional à un genre présent sur les plateformes de streaming mondiales, les rotations en club et les collaborations interculturelles, un changement que les chercheurs attribuent à l’expansion de la distribution numérique et à l’adaptabilité rythmique du genre.[1] Cette période a été marquée par une reconfiguration des signes linguistiques, les artistes négociant un public plus large tout en conservant les marqueurs d’authenticité portoricaine, dynamique étudiée à travers des analyses sociophonétiques de la performance lyrique.[1] En contraste avec la phase pionnière du genre, où les artistes du début des années 2000 tels que Daddy Yankee et Nicky Jam cultivaient un paysage sonore naissant, les années 2010 ont introduit une cohorte dont les techniques vocales mettaient délibérément en avant le tap alvéolaire latéral /ɾ/ comme emblème vocal de l’identité portoricaine.[1] Des décomptes empiriques montrent que des figures contemporaines comme Bad Bunny et Ozuna intègrent le tap avec une plus grande fréquence que leurs prédécesseurs, dont l’usage a diminué lorsqu’ils cherchaient à se différencier des talents émergents.[1]
Parallèlement aux stratégies phonologiques, les années 2010 ont également mis en avant des performances visuelles et lyriques de genre qui interrogeaient la masculinité hégémonique.[2] Le recours de Bad Bunny à l’esthétique camp, caractérisée par une flamboyance exagérée et une virilité hyperbolique, fonctionne comme un mode transgressif mais auto‑contraignant qui rend visible la nature construite des tropes masculins dominants.[2] L’analyse de ses clips musicaux, de ses images promotionnelles et de sa présence sur les réseaux sociaux indique que cette sensibilité camp démystifie simultanément et renforce les frontières de la masculinité hégémonique au sein du Latin trap.[2] Le chercheur soutient que l’individualité singulière de Bad Bunny ne démantèle pas le cadre patriarcal sous‑jacent mais expose plutôt ses limites performatives, offrant ainsi une critique nuancée des normes de genre sans les subvertir complètement.[1][2]
Une évaluation comparative de ces deux dimensions révèle que l’accent linguistique sur le tap portoricain et l’accent visuel sur l’esthétique camp fonctionnent comme des signifiants complémentaires d’authenticité et de modernité.[1][2] Alors que le tap ancre la performance vocale dans une tradition ethnolinguistique spécifique, l’esthétique camp de Bad Bunny signale une volonté de réinterpréter les scripts masculins traditionnels, élargissant ainsi la palette expressive du genre.[1][2] Les chercheurs observent que la convergence de ces stratégies a contribué à la visibilité accrue du reggaeton dans les classements internationaux, les festivals et les playlists de streaming, soulignant la capacité du genre à adapter les symboles culturels pour une consommation mondiale.[1][2] L’interaction entre langue et genre apparaît ainsi comme un mécanisme central par lequel les artistes du reggaeton des années 2010 ont navigé les tensions entre l’affirmation d’une identité locale et l’intégration au marché mondial.[1][2]
La réception parmi les observateurs académiques souligne que l’usage accru du tap latéral et l’adoption de l’esthétique camp illustrent collectivement la négociation complexe du genre entre authenticité culturelle et viabilité commerciale.[1][2] En mettant en avant les traits phonétiques distinctifs du portoricain, les nouveaux artistes renforcent un sentiment de fierté nationale qui résonne chez les auditeurs de la diaspora, tandis que la présentation gender‑fluid de Bad Bunny remet en cause les conceptions monolithiques de la masculinité latine, invitant le débat académique sur les limites de la subversion performative.[1][2] Ces développements imbriqués ont suscité des recherches supplémentaires sur la manière dont la diffusion mondiale du reggaeton reconfigure les représentations linguistiques et genrées dans la musique populaire, une voie d’investigation qui continue d’évoluer à mesure que le genre s’étend à de nouveaux marchés et à de nouvelles collaborations artistiques.[1][2]
Références
- 1.Yo soy de p fkn r — Derrek Powell, Borealis – An International Journal of Hispanic Linguistics, 2022
- 2.Bad Bunny’s Transgressive Gender Performativity: Camp Aesthetics and Hegemonic Masculinities in Early Latin Trap — Luis Enrique Rivera Figueroa, Journal of Latin American Communication Research, 2021
- 3.Yo soy de p fkn r — Derrek Powell, Borealis – An International Journal of Hispanic Linguistics, 2022, Abstract
- 4.Yo soy de p fkn r — Derrek Powell, Borealis – An International Journal of Hispanic Linguistics, 2022, Abstract
- 5.Yo soy de p fkn r — Derrek Powell, Borealis – An International Journal of Hispanic Linguistics, 2022, Abstract
- 6.Bad Bunny’s Transgressive Gender Performativity: Camp Aesthetics and Hegemonic Masculinities in Early Latin Trap — Luis Enrique Rivera Figueroa, Journal of Latin American Communication Research, 2021, Abstract
- 7.Bad Bunny’s Transgressive Gender Performativity: Camp Aesthetics and Hegemonic Masculinities in Early Latin Trap — Luis Enrique Rivera Figueroa, Journal of Latin American Communication Research, 2021, Abstract
- 8.Bad Bunny’s Transgressive Gender Performativity: Camp Aesthetics and Hegemonic Masculinities in Early Latin Trap — Luis Enrique Rivera Figueroa, Journal of Latin American Communication Research, 2021, Abstract
- 9.Bad Bunny’s Transgressive Gender Performativity: Camp Aesthetics and Hegemonic Masculinities in Early Latin Trap — Luis Enrique Rivera Figueroa, Journal of Latin American Communication Research, 2021, Abstract
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Bailar Editorial Team. (2026). Reggaeton dans les années 2010 : diffusion mondiale et construction identitaire. Bailar Biblioteca. Récupéré le July 5, 2026, depuis https://getbailar.com/biblioteca/encyclopedia/reggaeton/modern-era/the-2010s-global-mainstreaming
Bailar Editorial Team. “Reggaeton dans les années 2010 : diffusion mondiale et construction identitaire.” Bailar Biblioteca, 2026, getbailar.com/biblioteca/encyclopedia/reggaeton/modern-era/the-2010s-global-mainstreaming. Consulté le 5 July 2026.
Bailar Editorial Team. “Reggaeton dans les années 2010 : diffusion mondiale et construction identitaire.” Bailar Biblioteca. Consulté le July 5, 2026. https://getbailar.com/biblioteca/encyclopedia/reggaeton/modern-era/the-2010s-global-mainstreaming.
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Rédacteur en chef : Paul Thomas Plawin
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