Susana Rinaldi
« La Tana » et le renouveau du tango chanté
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Susana Rinaldi occupe une place centrale parmi les interprètes du tango argentin, forme chantée et dansée enracinée dans le Río de la Plata et liée avant tout à Buenos Aires et à Montevideo, un genre dont la texture même reflète l’héritage immigrant stratifié de la région.[1] Le tango avait pris forme dans la capitale argentine et ses environs vers la fin du XIXe siècle.[2] Née à Buenos Aires le 25 décembre 1935, Rinaldi en vint à être connue sous le surnom de « La Tana », marque affectueuse de son ascendance italienne.[3]
Son entrée dans le genre passa par une formation formelle et dramatique plutôt que par le seul circuit de la milonga. Elle étudia le chant de chambre dès l’âge de quatorze ans au Conservatoire national de musique, s’inscrivit à l’École d’art dramatique en 1955, apparut à la télévision deux ans plus tard, et accéda à une grande scène théâtrale en 1959.[4] Lorsque des producteurs l’approchèrent en 1966 pour enregistrer une récitation poétique, elle proposa à la place un album de tango, et son premier disque parut à la fin de cette année-là avec des arrangements du virtuose du bandoneón Roberto Pansera.[5]
La percée de Rinaldi à la fin des années 1960 reposait sur une transgression délibérée de la convention genrée, car elle s’empara de tangos qui avaient jusque-là appartenu aux voix masculines, parmi eux des standards associés à José María Contursi et Enrique Santos Discépolo, ainsi qu’à Homero Manzi et Cátulo Castillo.[6] Ce choix lui valut un public inattendu parmi les jeunes étudiants universitaires, et elle élargit encore son répertoire avec l’œuvre d’auteurs plus récents tels qu’Eladia Blázquez et Osvaldo Avena, aux côtés de Héctor Negro et Chico Novarro.[7] Le geste avait du poids parce que la tradition lyrique du tango, souvent composée dans l’argot rioplatense appelé lunfardo, avait longtemps donné voix aux peines des hommes et des femmes ordinaires, une qualité condensée dans la description que Discépolo donnait du genre comme « un pensamiento triste que se baila » — une pensée triste que l’on danse.[8] Sa refonte de cet héritage la situa au sein de la tension durable du tango entre préservation et renouveau.[9]
En 1971, Rinaldi et son mari, le joueur de bandoneón Osvaldo Piro, ouvrirent Magoya, un café-concert dans la station balnéaire de Mar del Plata.[10] Cette entreprise fut interrompue par le coup d’État militaire de mars 1976, après lequel elle fut contrainte de quitter l’Argentine et s’installa pour une longue période à Paris.[11] Son exil suivit une voie que le genre lui-même avait souvent empruntée, puisque la diffusion du tango comme art international était passée à plusieurs reprises par la capitale française, et que cette forme avait été liée dès ses débuts à la migration, à la politique et au déplacement.[12]
Rinaldi retourna en Argentine en 1989, apportant une mise en scène non conventionnelle du tango-show ; les traditionalistes résistèrent une fois encore à son approche, mais elle s’imposa comme une figure majeure du mouvement de renouveau du tango de cette période et, avec le temps, comme une présence reconnue du tango à l’étranger.[13] Sa trajectoire reflétait un schéma plus large dans lequel des interprètes ultérieurs honoraient le répertoire classique tout en le ranimant par des arrangements et des présentations renouvelés.[14] Au-delà de la salle de concert, elle portait une conscience politique revendiquée : elle fut déclarée Citoyenne illustre de Buenos Aires (1990), servit comme Ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO à partir de 1992, et accumula des distinctions comprenant le Grand Prix de la SADAIC et plusieurs prix Konex sur plusieurs décennies.[15]
Références
- 1.Tango — Wikipedia contributors, Wikipedia
- 2.Music of Argentina — Wikipedia contributors, Wikipedia
- 3.Susana Rinaldi — Wikipedia contributors, Wikipedia
- 4.Susana Rinaldi — Wikipedia contributors, Wikipedia
- 5.Susana Rinaldi — Wikipedia contributors, Wikipedia
- 6.Susana Rinaldi — Wikipedia contributors, Wikipedia
- 7.Susana Rinaldi — Wikipedia contributors, Wikipedia
- 8.Tango — Wikipedia contributors, Wikipedia, Discépolo, cited
- 9.Tango Lessons: Movement, Sound, Image, and Text in Contemporary Practice — Deborah Jakubs, Hispanic American Historical Review, 2015, review of Tango Lessons
- 10.Susana Rinaldi — Wikipedia contributors, Wikipedia
- 11.Susana Rinaldi — Wikipedia contributors, Wikipedia
- 12.Tango Lessons: Movement, Sound, Image, and Text in Contemporary Practice — Deborah Jakubs, Hispanic American Historical Review, 2015, review of Tango Lessons
- 13.Susana Rinaldi — Wikipedia contributors, Wikipedia
- 14.Tango Lessons: Movement, Sound, Image, and Text in Contemporary Practice — Deborah Jakubs, Hispanic American Historical Review, 2015, review of Tango Lessons
- 15.Susana Rinaldi — Wikipedia contributors, Wikipedia
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Bailar Editorial Team. (2026). Susana Rinaldi. Bailar Biblioteca. Récupéré le July 5, 2026, depuis https://getbailar.com/biblioteca/encyclopedia/tango-argentino/performers/susana-rinaldi
Bailar Editorial Team. “Susana Rinaldi.” Bailar Biblioteca, 2026, getbailar.com/biblioteca/encyclopedia/tango-argentino/performers/susana-rinaldi. Consulté le 5 July 2026.
Bailar Editorial Team. “Susana Rinaldi.” Bailar Biblioteca. Consulté le July 5, 2026. https://getbailar.com/biblioteca/encyclopedia/tango-argentino/performers/susana-rinaldi.
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Rédacteur en chef : Paul Thomas Plawin
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